Rolls-Royce poursuit l’extension de sa gamme, en offrant une petite sœur à la fastueuse Phantom Drophead Coupé. Plus compacte et sensiblement moins coûteuse, la Dawn veut donner à quelques happy few de plus le droit de rouler en compagnie de la Flying Lady. À découvert, bien sûr…

Dans l’imaginaire collectif, le nom de Rolls-Royce a toujours été associé à d’opulentes limousines au luxe inouï, carrosses de prédilection des têtes couronnées, des célébrités et autres nababs nourris aux pétrodollars. Pourtant, durant ses 111 ans d’histoire, la vénérable maison de Goodwood n’a pas produit que des berlines d’apparat surdimensionnées. Le fameux Spirit of ecstasy a également orné les calandres de voitures dédiées au plaisir de leur conducteur. C’est le cas de mythique Corniche, un cabriolet 4 places qui fut pendant 24 ans (de 1971 à 1995) à la fois un symbole d’élégance et une ode à l’hédonisme décomplexé. Et de simple déclinaison de plaisance de la Silver Shadow, ce modèle est devenu l’un des plus emblématiques du double “R”, accédant au rang de classique automobile.

BMW ne s’y est pas trompé : après l’acquisition de ce dernier, le groupe Bavarois s’est empressé de donner un héritier à la découvrable, en la personne du somptueux Phantom Drophead Coupé.

Un peu plus accessible

Luxueux comme un yacht sur 4 roues et presque aussi coûteux (comptez dans les 460 000 euros… pour l’entrée de gamme), ce solarium de milliardaire cadrait toutefois mal avec la nouvelle stratégie du constructeur. Observant sa rivalité avec l’ancien ami Bentley, titillé par le retour du label Maybach chez Mercedes et la renaissance de Lagonda, Rolls-Royce s’était lancé dans une extension de sa gamme vers le bas. Son arme : des modèles relativement plus accessibles, mais s’interdisant toute concession sur ce qui fait l’identité de la marque.

On peut comprendre la démarche : le lancement de la Ghost et plus tard celui de la Wraith lui ont permis d’inscrire un nouveau record de ventes, avec plus de 4 000 unités écoulées dans le monde en 2014. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin et se refuser le plaisir d’un cabriolet, après le berline et le coupé ?

C’est ainsi qu’est née la Dawn (“aube” en anglais),

dont le patronyme quitte l’univers spectral des ses paires, mais reste toujours chargée d’histoire, faisant référence à la Silver Dawn de 1949. Dévoilée au salon de Francfort, cette nouvelle “Convertible” rend 34 cm de longueur à son aînée (à 5,28 m), mais garde ses distances avec une Mercedes Classe S Cabriolet (5,03 m) ou une Bentley Continental GTC  (4,81 m). Elle se révèle aussi bien moins onéreuse que la Phantom Drophead Coupé : le ticket d’accès au bronzage aristocratique se monte cette fois-ci à “seulement” 300 000 euros. Une broutille…

Silence, on roule !

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Étroitement dérivée du coupé Wraith, la Dawn n’en garde que 20% des panneaux de carrosserie, dont la face avant ponctuée de la majestueuse calandre à fanons et du caractéristique regard étonné. Le reste, s’il ne surprendra pas les fans de la marque, n’en flatte pas moins la rétine par la simplicité des surfaces et la pureté du profil une fois débarrassé du pavillon. Il y a quelque chose d’évident dans cette plastique à la fois fluide et musculeuse.

L’intérieur, capable d’accueillir 4 passagers dans un certain confort, réserve encore moins de surprises : il est intégralement repris du coupé, exception faite de quelques garnissages et menus détails de présentation. La vraie particularité de la Dawn, c’est évidemment son toit souple en toile, abrité sous un couvre-capote habillé des mêmes boiseries que la planche de bord.

Le constructeur anglais insiste particulièrement sur le soin porté à la conception de ce toit, disponible dans une infinité de coloris à la demande du client. Objectif : offrir à ce cabriolet une isolation sonore comparable à celle du coupé dont il est issu, et en faire du coup la découvrable la plus silencieuse de la production automobile. Au-delà des matériaux et des multiples couches qui le composent, les ingénieurs de Goodwood se sont aussi penchés sur son moteur électrique et son mécanisme, étudiés pour être pratiquement inaudibles pendant les 22 petites secondes que dure leur œuvre. Jusqu’où va se nicher le souci du détail…

Née pour “cruiser”

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Reste à savoir si ainsi encapsulé, ce cocon couvert de cuirs souples et de bois précieux laisse encore filtrer quelques ronronnements du V12 tapi sous le capot. Également emprunté à la Wraith, ce 6.6 l à double suralimentation officie sur la Dawn dans sa variante “soft”, développant quand même la bagatelle de 571 ch et 780 Nm. On peut en déduire que l’imposant cabriolet, dépassant les 2,5 tonnes sur la balance, n’a pas de réelle vocation sportive… malgré des performances décoiffantes, au sens premier du mot : 4,9 secondes lui suffisent en effet pour passer de 0 à 100 km/h, tandis que la vitesse maximale est bridée à 250 km/h.

Non, l’exercice préféré de la Dawn, ce serait plutôt de glisser sur l’asphalte à des allures de parade, laissant ses occupants s’envelopper de soleil et de brise marine. Un exercice dans lequel excellait son aïeule, la bien nommée Corniche.