Symbolisant le renouveau d’Alfa Romeo, la Giulia espère secouer le cocotier des berlines familiales premium. Ses armes : une plastique séduisante, des moteurs vivants et surtout un caractère sportif revendiqué.

Parmi toutes les marques qui peuplent le monde de l’automobile, rares sont celles à s’enorgueillir d’une histoire aussi riche et d’un pouvoir d’évocation aussi puissant que ceux d’Alfa Romeo. Pourtant, le constructeur milanais vit depuis deux décennies dans un état de crise permanent, rêvant d’un hypothétique retour de l’âge d’or qui tarde à se concrétiser. Et à coups d’annonces sans lendemain, de rendez-vous manqués et de promesses non tenues, l’écusson au Biscione est même parvenu à exaspérer ses nombreux dévots, lassés d’emprunter l’ascenceur émotionnel entre euphorie et abattement. Promis juré, cette fois-ci sera la bonne. Paré de la cape du sauveur, Sergio Marchionne, le patron du groupe FCA, a dégainé un (énième) plan de relance ultra-ambitieux. Sa stratégie a des allures de profession de foi : replacer la marque dans la galaxie du premium en insistant sur son identité sportive… et renouveler l’ensemble de la gamme en conséquence. Et dans cette longue marche qui s’annonce, le premier pas se nomme Giulia, grande berline qui succède à feu la 159, et qui se charge surtout de poser les jalons d’un nouvel Alfa Romeo.

style aguicheur, mais pas trop

Côté style, disons-le de go : les esthètes et autres fans de coups de crayon à l’italienne resteront un peu sur leur faim. Non pas que ses atours manquent d’effets : avec sa calandre typique, son interminable capot et ses flancs creusés, la Giulia en met plein les yeux. C’est encore plus le cas sur la déclinaison sportive “Quadrifoglio Verde”, constellée de “piercings” et d’appendices aérodynamiques en carbone. On a toutefois le sentiment que, bridé par l’enjeu commercial d’un modèle qui devra autant plaire en Chine qu’aux États-Unis, le Centro Stile a mis trop d’eau dans son vin. Le dessin assez conventionnel des optiques et des feux arrière en est une bonne illustration. Résultat, malgré ses lignes plaisantes, il manque à la nouvelle venue cette dose d’élégance, d’originalité et, disons-le, de déraison qui avait fait le charme des 156 et 159 en leur temps.  Les designers se sont exprimés avec davantage de panache à l’intérieur, croquant une planche de bord aux éléments suggestifs, mêlant sportivité, accents rétro et esprit high-tech. Une mention spéciale aux compteurs en puits, aux aérateurs latéraux en forme d’ogive et au joli volant à 3 branches qui intègre le bouton de démarrage.

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Désormais inévitable sur une voiture moderne, un écran au format 16/9e (et d’une diagonale variant entre 6,6 à 8,8 pouces) est habilement camouflé dans la console centrale. Commandé via une molette rotative à surface tactile, il relaie un système d’info-divertissement à l’interface plutôt aisée à manipuler… pour peu qu’on soit familier des smatphones. La dotation en équipements se montre très correcte dès le niveau d’entrée de gamme “Giulia” et un cran plus généreuse sur la version “Super”. Mais pour disposer d’un accastillage haut de gamme, il faudra piocher dans la longue liste des options… quitte à faire grimper la facture. Selon les versions, la planche de bord s’orne d’inserts en bois, en aluminium ou en carbone (sur la QV), produisant des ambiances sensiblement différenciées. La qualité perçue est en net progrès, tant au niveau des matériaux que celui des assemblages, mais elle n’approche toujours pas l’excellence des références germaniques en la matière. Le bilan est tout aussi moyen au chapitre de l’habitabilité : les (deux) occupants de la banquette arrière se sentiront un tantinet engoncés, avec un espace aux genoux suffisant, mais sans plus. Quant au volume du coffre, il s’établit à 480 litres, valeur comparable à ce qui se fait chez la concurrence.

Retour à la propulsion
C’est le tribut payé à une caractéristique technique marquante de la Giulia : le retour aux roues arrière motrices. Abandonné par le constructeur depuis 1992 et la disparition de la 75, ce parti-pris sonne ici comme un gage de sportivité. Il en est de même pour la répartition 50/50 du poids entre les essieux avant et arrière et l’emploi de matériaux légers pour contenir la masse. Ainsi, grâce à une plateforme allégée, la berline italienne rend près de 200 kg à la plupart de ses concurrentes sur la balance. Mis bout à bout, ces données confirment une chose : la Giulia se veut d’abord une voiture à conduire. Et pour respecter un tel cahier des charges, elle devra aussi proposer des motorisations à la hauteur. Commençons par le haut du panier, bien qu’il ne représentera qu’une partie infinitésimale des ventes. Nous avons nommé le bouillant V6 2.9 l qui propulse la variante QV, cosigné par Ferrari, excusez du peu ! Dopé par deux turbocompresseurs, il développe la bagatelle de 510 ch… à comparer aux 431 ch d’une BMW M3, cible désignée de la Giulia QV. Associé exclusivement à une boîte automatique à 8 rapports, il délivre des performances dignes d’une supercar : le 0 à 100 km/h est réglé en 3,9 secondes, pour une vitesse de pointe annoncée à 307 km/ h ! On comprend mieux la présence d’un diffuseur et d’un spoiler avant mobile (ou “splitter”), une première sur une berline de série.

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Un Diesel, deux puissances
L’offre de moteurs comprend bien évidemment des mécaniques moins extrêmes, plus aptes à noircir les bons de commande. La gamme marocaine se contente d’un unique bloc, le plus adapté à la typologie de notre marché. Il s’agit d’un nouveau 2.2 l Diesel, développé spécifiquement pour la nouvelle plate-forme “Giorgio” et disponible dans deux déclinaisons de puissance à 150 et 180 ch. L’une comme l’autre est proposée avec une boîte manuelle à 6 rapports ou avec une boîte automatique à 8 rapports. Affichée au prix d’attaque de 359 900 DH, la Giulia se positionne globalement dans le voisinage de ses principales concurrentes, notamment allemandes. Mais pour faire pencher la balance de son côté, elle pourra compter sur un équipement sensiblement plus généreux et, surtout, sur la promesse d’un agrément de conduite de haut niveau. Un prochain essai nous permettra bientôt d’en avoir le cœur net. Un Cuore sportivo, bien sûr…